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Adama Mbengue : «L'implication totale des jeunes peut renverser les tendances »©

Adama Mbengue : « L’implication totale des jeunes peut renverser les tendances »

14 décembre 2020 « Avec la forte augmentation de la migration dite irrégulière, le désespoir des jeunes, consécutif au chômage, à la violence, au désœuvrement et à la pauvreté, nous avons mis sur pied un projet réparti en trois axes. » Adama Mbengue est le président de l’Action Pour Les Droits Humains Et L’Amitié (ADHA) au Sénégal. Dans cette interview, il revient sur la pertinence de sa structure dans le contexte de la pandémie et plaide pour une plus grande implication des jeunes dans les politiques les affectant pour contrecarrer les phénomènes migratoires actuels.

L’Action Pour Les Droits Humains Et L’Amitié (ADHA) est une organisation à but non lucratif créée en 2007, par des jeunes militants. Qu’est-ce qui dans le contexte et l’environnement sénégalais vous a poussé à créer cette association et quels étaient les ambitions initiales de l’ADHA ?

C’est dans un contexte de désarroi total que l’Action Pour les Droits Humains et l’Amitié (ADHA) a été créée. En effet, l’année 2006 coïncidait avec la signature de la Charte Africaine de la Jeunesse. Cependant la plupart des pays continuaient à bafouer les droits des jeunes. Au Sénégal, des grèves cycliques qui paralysaient le système scolaire et universitaire étaient régulièrement notées. Il y avait aussi le cas de nombreux jeunes qui tentaient de rejoindre l’Europe par des bateaux de fortune (phénomène connu au plan national sous l’appellation « Barça ou Barsakh »), des migrants de retour laissés à eux-mêmes, des pressions sexuelles en milieu scolaire, un nombre croissant de demandeurs d’asile qui n’avaient pas beaucoup d’assistance, des personnes déplacées internes, l’accroissement du phénomène de l’apatridie, etc.

C’est fort de tous ces éléments qu’un groupe de jeunes militants des droits de l’Homme, sans moyens, mais résolument engagés à œuvrer pour la promotion, le respect et la défense des droits Humains, ont décidé de la création d’une organisation à but non lucratif qui prendrait à bras-le-corps toutes ces situations de flagrantes violations des droits humains en général et des droits des jeunes en particulier.

Les ambitions initiales de l’ADHA étaient :
- D’assister, de défendre et de promouvoir les droits des demandeurs d’asile, des personnes apatrides et réfugiés.
- De promouvoir et de renforcer les mesures régionales et nationales destinées à prévenir ou atténuer, interdire, les causes profondes du déplacement interne tout en prévoyant des solutions durables.
- De renforcer la protection et la promotion des droits de l’Homme, notamment des migrants dans leurs pays d’origine et pendant le mouvement migratoire ;
- De contribuer à endiguer les dangers et facteurs aggravants, en sensibilisant, assistant et orientant les populations en générale et la jeunesse en particulier, sur les dangers de la migration irrégulière qui est étroitement liée au trafic de migrants et à d’autres formes de criminalité organisée à l’échelle internationale, y compris la traite des êtres humains, qui peuvent nuire à la stabilité et à la sécurité nationale et internationale.
- De réfléchir à des solutions de sortie de crise et aux alternatives possibles.
- De faire connaître la Charte Africaine de la Jeunesse et la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et tout autre texte international y afférent.

Quelles sont aujourd’hui les activités principales et domaines d’intervention de l’ADHA et quelle est votre rôle, dans la structure, en tant que président ?

Avec la forte augmentation de la migration dite irrégulière, le désespoir des jeunes, consécutif au chômage, à la violence, au désœuvrement et à la pauvreté, nous avons mis sur pied un projet réparti en trois axes. D’abord la sensibilisation à travers un cadre interactif entre les jeunes et tous les acteurs. Ensuite l’organisation de séances de renforcement des capacités et enfin la mise en place d’un cadre qui servirait de tribune aux jeunes pour défendre eux-mêmes leurs droits, les orienter dans les structures de financement, les assister, les pousser à prendre leurs responsabilités et à croire en leurs propres capacités à développer l’Afrique et le Sénégal en particulier.

Notre rôle est de coordonner les membres de l’ADHA et d’orienter les activités, de veiller sur la bonne marche de l’organisme, d’identifier et de nouer des partenariats avec des organisations sœurs œuvrant pour la défense des droits de l’Homme. Produire des communiqués, des plaidoyers, participer à des émissions télévisées et radiophoniques, répondre à des questions liées aux droits humains, aux migrants, etc.

Comment le projet PROMIS s’intègre-t-il dans les activités d’ADHA ?

Le projet PROMIS nous a beaucoup inspiré sur nos actions et nos démarches. En effet, nous avions participé à la journée de consultation nationale sur la loi sur le trafic illicite de migrants et lancement du projet PROMIS au King Fahd Palace le 12/12/2019. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec l’équipe de migration du HCDH & ONUDC (PROMIS) sur notre projet de renforcement des capacités à l’échelle nationale dont le thème porté sur « Solution à la méconnaissance des textes juridiques nationaux et internationaux, législations de la part des acteurs qui travaillent sur la migration », le 28 et 29 janvier 2020 où les 2 formatrices de l’équipe PROMIS nous ont beaucoup appris sur la migration, les conventions, les législations ,la différence entre le trafic illicite des migrants et la traite des personnes etc.

Nous avions prévu de faire un colloque national sur la migration dite irrégulière dont le thématique porte sur : « les causes profondes de la migration irrégulière : responsabilité sociétale », cependant avec les présages d’une seconde vague de la pandémie de COVID19, nous prévoyons avec le HCDH de marquer la journée avec une activité virtuelle sobre de consultation d’une quinzaine de jeunes pour discuter et échanger.

Comment la pandémie de COVID-19 a-t-elle affecté vos propres activités et notamment le travail autour de l’émigration clandestine des jeunes sénégalais ?

La pandémie de COVID-19 a affecté, d’une part, nos actions ainsi que notre nouvelle démarche consistant à faire des caravanes de sensibilisation et de contact dans les différentes localités du pays. D’autre part, promouvoir une nouvelle option qui consiste à présenter une personne modèle de réussite ou un migrant de retour servant de référence aux jeunes et qui va interagir avec ces derniers sur son expérience.

La pandémie de la COVID-19 a exacerbé les multiples défis (chômage, éducation, violence, etc.) auxquels la jeunesse sénégalaise et africaine fait face. Le 27 octobre dernier, l’ADHA a lancé un appel aux jeunes sénégalais et africains à garder espoir et à continuer à lutter. Quelles sont les tendances comportementales que vous avez pu identifier auprès de la jeunesse, depuis le début de la pandémie (qui justifierait cet appel) ?

Avec cette pandémie de la COVID-19 nous avons fait le constat d’un manque d’espoir généralisé, d’un découragement des jeunes qui ont commencé à braver les interdictions et à minimiser les consignes édictées par les responsables de santé quant aux mesures préconisées pour lutter contre la pandémie.

Vous estimez qu’il faut davantage être à l’écoute des jeunes pour apporter une solution efficace à la migration irrégulière. Quels sont les exemples de récits et de préoccupations que vous aviez pu recueillir et que vous pouvez-vous nous partager ?

Nous avons demandé une écoute active des jeunes car toutes les politiques de jeunesse sont élaborées par de grandes personnes qui ne vivent pas les mêmes réalités que les jeunes (conflits de générations). Nous en voulons pour exemple les « vacances citoyennes » qui ont des aspects folkloriques où les jeunes se lient et mutualisent leurs efforts pour donner des cours de vacances gratuits dans leurs localités. Ou encore des jeunes qui se cotisent pour acheter des plantes pour reboiser leurs localités, le tout finalisé par des séances de sensibilisation sur la migration irrégulière. Il s’agit également de garder un espoir pour travailler dans le développement de ladite localité et du Sénégal.

Dans le contexte de la pandémie, quelles devraient être les priorités (des Etats, des organisations de la société civile, institutions internationales et régionales) pour que les politiques ou décisions pouvant faire face aux phénomènes migratoires soient efficaces, selon votre expérience ?

Selon notre expérience, il faut faire confiance aux jeunes en les sensibilisant, en les responsabilisant et en leur faisant porter le combat. Il faut également leur donner les moyens d’élaborer une politique de jeunesse susceptible de répondre à leurs aspirations, les encadrer et les orienter pour l’atteinte des objectifs fixés. Seule l’implication totale des jeunes peut renverser les tendances.

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