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Cheikh Mbow : « L'éducation devrait être la priorité de toutes les priorités »©

Cheikh Mbow : « L’éducation devrait être la priorité de toutes les priorités »

27 avril 2020 Directeur exécutif de la Coalition des Organisations en Synergie pour la Défense de L’Education Publique (COSYDEP) au Sénégal, Cheikh Mbow expose les effets de la pandémie du COVID-19 sur le système éducatif sénégalais, et les enfants notamment les plus vulnérables, et esquisse des pistes de solutions, pour une réponse éducative efficace au COVID-19, qui devraient bénéficier de l’appui du bureau des droits de l’Homme.

Les fermetures nationales d’établissement d’enseignement, en raison du COVID-19, touchent plus de 90% de la population étudiante mondiale et un peu plus de 1,5 milliard d’enfants et de jeunes, avec des risques majeurs de déscolarisation à moyen et long terme. Quel est l’impact du COVID-19 sur le système éducatif au Sénégal, à court terme, mais aussi à moyen voire à long terme ?
A court terme, le premier effet du COVID-19 sur le système éducatif est la rupture brutale de la continuité des enseignements dans les établissements. La mise en vacance forcée des élèves et étudiants a remis en cause, le calendrier scolaire et les planifications relatives à l’année scolaire qu’elles soient pédagogiques ou budgétaires. La complication du dénouement de l’année scolaire est aussi à retenir dans la mesure où le temps perdu sera difficilement rattrapable du fait des nombreux facteurs qui empêchent le respect du quantum horaire dans notre pays. En temps de paix, nos écoles réalisaient difficilement plus de 700 heures d’enseignement par an. Le retard inévitable dans la mise en œuvre des réformes pédagogiques et structurelles prévues dans le Programme sectoriel de l’éducation devra aussi être pris en compte parmi les effets court terme du COVID-19 sur le système éducatif.

Dans le moyen et le long terme, il faudra s’attendre à une baisse du niveau des élèves et des performances d’autant que des stratégies efficaces susceptibles d’assurer la continuité des enseignements pour tous et partout ne sont pas développées. En outre, il faut aussi s’attendre à un accroissement des taux d’abandons et de décrochage scolaires sans négliger des retards dans la scolarisation.

Pourquoi la pandémie du coronavirus et la fermeture des établissements scolaires qu’elle engendre, affectent-ils de manière disproportionnée les élèves vulnérables et défavorisés au Sénégal ?
L’absence d’une politique spécifique de soutien aux élèves vulnérables mais aussi et surtout l’accroissement hautement probable de la pauvreté des ménages en lien avec les effets économiques du COVID-19 créent assurément des déséquilibres entre les élèves. Certains parents déjà éprouvés seront encore plus faibles économiquement pour faire face aux exigences de la scolarisation des enfants. Il faut s’attendre surtout à la réduction des ressources financières et notamment celles destinées à l’éducation du fait des besoins qui émergent dans d’autres secteurs.

Dans un contexte d’urgence, où il est avant tout question d’éviter la propagation générale du virus que les structures de santé ne pourront pas contenir et de sauvegarder la stabilité macroéconomique et financière du pays, pourquoi le droit à l’éducation doit-il demeurer une priorité pour le gouvernement ?
Lorsque l’on part du postulat selon lequel « l’homme est au début et à la fin de tout développement », on comprend facilement que l’élément humain doit être au-dessous de tout. Il découle de cela que l’éducation devrait être la priorité de toutes les priorités dans la mesure où l’éducation reste incontestablement la clé du développement durable. Aucune pression ne devrait contraindre à négliger le droit à l’éducation, condition de tous les autres droits.

En quoi consisterait une réponse éducative efficace au COVID-19 au Sénégal ?
Présents au niveau de l’éducation, les parents seront obligés de supporter l’essentiel des dépenses, ce qui contribuerait à creuser davantage le fossé entre les enfants. L’éveil des consciences tout comme les compétences techniques et managériales, requises pour prévenir ou juguler les pandémies ou toute autre calamité, passent par l’éducation. L’information, la sensibilisation et la mobilisation qui orientent et organisent la riposte contre le COVID-19 sont des dimensions de l’éducation. L’appui technique, institutionnel et financier aux institutions ou organisations aptes à assumer ces fonctions pourrait être une tâche pour le bureau des droits de l’homme.

Comment travailler, dès aujourd’hui, à réinventer le système éducatif pour l’après COVID-19, pour que le droit à une éducation publique de qualité soit une réalité pour tous et pour que ce système puisse être utile aux communautés locales et nationales ?
Il me semble nécessaire de travailler en urgence sur plusieurs volets du secteur de l’éducation :
· Maintenir et renforcer l’offre de services éducatifs d’urgence,
· Renforcer les équipements et améliorer la qualité des infrastructures scolaires
· Travailler à mettre en place des dispositifs d’enseignements pertinents qui résistent aux chocs sanitaires, économiques et écologiques (des programmes d’apprentissage à travers la radio, la télévision, le téléphone portable et Internet)
· Accroître les investissements dans l’éducation
· Accorder une attention plus soutenue aux enfants vulnérables

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