Bureau Régional pour l’Afrique de l’Ouest
Enfance en danger : Les talibés face au coronavirus au Sénégal©

Enfance en danger : Les talibés face au coronavirus au Sénégal

7 avril 2020 Errant dans les centres urbains du Sénégal, les enfants talibés sont particulièrement exposés aux risques de contamination et de propagation du COVID-19. Pour les Nations Unies, cette crise pourrait contribuer à faire avancer les réformes déjà engagées sur les questions relatives au respect des droits de l’enfant.

Anonymes et omniprésents dans les centres urbains du Sénégal, les talibés sont des enfants, exclusivement des garçons, âgés généralement de 5 à 15 ans et qui étudient dans les écoles coraniques traditionnelles appelées « daaras ». Toute la journée, souvent plus de 5 heures par jour. Ces enfants, qui viennent des zones rurales du Sénégal ou de pays voisins, comme la Gambie et la Guinée-Bissau, mendient pour ramener de la nourriture et leur quota de versement quotidien, exigé par leurs maîtres coraniques.

Vulnérables, parce que séparés de leurs familles et dépendant totalement de leurs daaras et maîtres, les talibés font régulièrement l’objet d’abus physiques et psychologiques de la part de ces derniers, et vivent dans des conditions d’entassement, de promiscuité et d’insalubrité qui les exposent aux maladies.

Un mois après l’apparition du premier cas du COVID-19 au Sénégal (2 mars 2020), le nombre de personnes infectées ne cesse d’augmenter. Parce qu’ils errent principalement dans les centres urbains du pays, notamment à Dakar et Saint-Louis où ils sont très visibles voire incontournables, les enfants talibés sont particulièrement exposés aux risques de contamination et de propagation du COVID-19.

Les enfants talibés, une urgence des droits de l’homme

« Les enfants talibés passent leurs journées dans des zones à risque comme les marchés, les gares routières, les lieux de culte, qui, parce que recevant beaucoup de monde, sont propices à la contamination et la transmission du Covid-19 » souligne, Madame Aminata Kebe, en charge du Projet d’Appui à la protection des enfants vulnérables (PAPEV) au bureau de l’Afrique de l’Ouest du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme à Dakar. Dans cette perspective, la protection de ces enfants s’avère être « une priorité, non seulement pour les protéger, mais aussi pour protéger la population de manière générale contre la propagation du virus », ajoute-t-elle.

En phase avec l’Etat d’urgence décrété le 23 mars 2020 par le président Macky Sall et les mesures édictées par le gouvernement, Le Khalife général des mourides Serigne Mountakha Mbacké, le 24 mars a demandé aux populations de prier chez eux, après avoir donné son ndigueul pour que les talibés soient à la disposition des autorités sanitaires. Quant au khalife des Tidjanes, Serigne Babacar Sy Mansour, un peu avant, le 21 mars 2020, il avait ordonné le confinement du Daara El Hadji Malick de Tivaoune, qui compte (plus de 500 apprenants et une vingtaine d’enseignants) et pris des mesures pour subvenir aux besoins des talibés pendant la crise sanitaire.

La question des enfants talibés, au-delà de son soubassement économique - parce que la mendicité de ces enfants procurent de revenus à ceux qui les exploitent, est une urgence des droits de l’homme. « Il s’agit de violations graves des droits de l’homme ; violation au droit à la vie, à l’intégrité et dignité humaines, à l’alimentation, à la santé, à l’éducation, à la participation à la vie culturelle, entre autres » précise Madame Kebe.

Si le Sénégal a pris des engagements au niveau international à travers notamment la convention sur les droits de l’enfant et la charte africaine pour le bien-être de l’enfant, le pays doit harmoniser non seulement sa législation par rapport aux droits des enfants mais aussi intégrer dans ses politiques et programmes des stratégies qui permettent d’éradiquer ce phénomène.

La pandémie du coronavirus pourrait, néanmoins, contribuer à l’accélération de la mise en œuvre des recommandations des mécanismes de protection des droits de l’homme relatives aux réformes des daaras, et à l’éradication de la mendicité. Les acteurs gouvernementaux tant au plan national que local sont en train de mettre en œuvre des actions préventives pour que ces enfants ne soient pas exposés à la maladie ou même deviennent des vecteurs de propagation.

Le COVID-19, un accélérateur des réformes au profit des droits de l’enfant

« Les mesures drastiques prises par les gouvernements pour lutter contre l’expansion du COVID 19 témoignent à suffisance de l’intérêt porté à la prise en charge de la crise et surtout sur la question de la protection des enfants » note la responsable du PAPEV, qui estime, en outre, « qu’à l’issue de cette situation, les leçons qui seront tirées seront forcément centrées sur la nécessité pour le gouvernement de trouver les solutions définitives à l’exploitation des enfants par la mendicité forcée en accélérant l’adoption des réformes en cours. »

Les Nations Unies, dans tous les cas, travaillent dans ce sens. C’est ainsi que le bureau régional des droits de l’Homme, UNICEF et ONUDC, en collaboration avec les partenaires gouvernementaux et d’autres parties prenantes (Save the Children, Plan international World Vision) sur la protection des enfants, ont initié des discussions sur la manière de coordonner leurs appuis au gouvernement dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

Le but majeur de la démarche des partenaires est de saisir cette opportunité pour procéder au retour et à la réintégration des enfants soumis à l’exploitation dans les écoles coraniques. 

Un plan d’action multisectoriel intégrant les axes essentiels de la réponse globale est en préparation avec les différents services gouvernementaux tant au niveau national que local pour soutenir la protection des enfants contre le COVID 19. Ce plan d’action intègre deux axes du plan national : : la communication des risques et engagement communautaire (CREC) et la prise en charge psychosocial des enfants malades/ contacts des malades.

À cet égard, le bureau régional des droits de l ‘homme par le biais du projet PAPEV l’homme compte fournir un soutien technique et financier au ministère de la santé pour la dimension communication et au ministère en charge de la promotion et protection des droits de l’enfant par en ce qui concerne la dimension prise en charge. Au plan local, le PAPEV soutient les actions de retrait et d’accompagnement des enfants dans leurs familles initiées par les préfets dans les départements de Tivaoune, Fatick, Ziguinchor, Dagana et Rufisque

« Le bureau régional des droits de l’homme et UNICEF sont engagés dans le renforcement du dialogue des partenaires techniques et financiers sur la protection des enfants au Sénégal à travers le Groupe National de Protection de l’Enfant, qui est un cadre de coordination multi sectoriel qui permet aux différents partenaires d’échanger sur leurs actions afin de mieux impacter sur les résultats » précise Aminata Kebe.

Avec l’espoir et l’ambition que « le combat contre le Covid-19 rime avec zéro enfant dans la rue », comme l’a déclaré, Madame Ndèye Saly Diop Dieng, la ministre sénégalaise de la Femme, de la Famille, du Genre et de la Protection des enfants.

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