Bureau Régional pour l’Afrique de l’Ouest
La promotion des droits humains participe sûrement à la « bonne santé et bien-être pour tous »©Seyllou/AFP

La promotion des droits humains participe sûrement à la « bonne santé et bien-être pour tous »

28 juillet 2020 La crise de COVID-19, qui touche l’Afrique de l’Ouest depuis le début du mois de mars 2020, a rappelé l’importance et la nécessité d’un accès aux soins de santé pour tous et notamment pour les groupes de population les plus vulnérables dans les pays de la région. Alors que la mise en place d’une couverture santé universelle en Afrique est évoquée depuis 2015 déjà, et que l’adoption des Objectifs du Développement Durable est venu renforcer cette aspiration, le Bureau régional de l’Afrique de l’Ouest a décidé d’explorer les potentialités, les opportunités qui existent dans divers pays pour concrétiser des systèmes de couverture de santé universelle, prenant en compte les droits de l’Homme, dans les pays de l’Afrique de l’Ouest. Dans ce premier entretien, Mamadou Racine Senghor, secrétaire général de l’Agence de la Couverture Maladie Universelle (CMU) au Sénégal expose les étapes et les défis du passage de la Couverture Maladie Universelle actuelle à la Couverture Sanitaire Universelle vers laquelle le pays de la Teranga ambitionne de tendre à l’horizon 2030.

En septembre 2013, le Sénégal a mis en place la couverture Maladie Universelle. Pouvez-vous nous rappeler le contexte de sa mise en place mais aussi les principes qui guident son fonctionnement et les objectifs recherchés ?

La combinaison de l’évolution des systèmes d’assurance sociale et des réformes dans le secteur public de la santé a laissé en rade la majorité des sénégalais employés dans les secteurs ruraux et informels. En conséquence, les systèmes de financement de la santé du pays ont pris une trajectoire où les contraintes d’accessibilité financière aux soins de santé et l’exposition aux dépenses catastrophiques associées aux soins de santé sont devenues des sources d’exclusion dans la santé, d’inégalités sociales et d’appauvrissement des ménages. En somme, le système de couverture maladie n’est plus adapté aux aspirations et exigences démocratiques et d’éradication de la pauvreté du Sénégal actuel.

Face à ce défi et conformément à son mandat, le Ministère chargé de la santé a lancé depuis 2007 des débats de politiques sur la couverture du risque maladie des sénégalais. Ces débats se sont inscrits en droite ligne des orientations stratégiques en matière d’amélioration de l’accès aux services sociaux de base et d’extension de la protection sociale des documents de stratégie de réduction de la pauvreté du Sénégal. Les débats ont été engagés avec les parties prenantes du financement de la santé et de la protection sociale dans la santé : ministères techniques, partenaires sociaux, acteurs internes du mouvement mutualiste, société civile, partenaires au développement. Les débats de politiques ont été informés par les leçons globales de l’histoire du développement vers la couverture maladie universelle (CMU).

La compréhension de la situation actuelle de la couverture maladie, les orientations stratégiques du Plan National de Développement Sanitaire (PNDS 2009-2018), de la Stratégie Nationale de Développement Economique et Social (SNDES 2013-2017) et les recommandations des concertations nationales sur la santé et l’action sociale de janvier 2013 (CONSAS) ont servi de base à la tenue d’un atelier national d’élaboration du plan d’action pour l’extension de la couverture maladie universelle de base, à travers les mutuelles de santé en mars 2013.

Le plan d’action 2013-2017 pour l’extension de la couverture maladie universelle de base à travers les mutuelles de santé repose sur la vision d’un Sénégal où tous les individus, tous les ménages et toutes les collectivités bénéficient d’un accès universel à des services de santé promotionnels, préventifs, curatifs et ré-adaptatifs de qualité sans aucune forme d’exclusion à l’horizon 2022.

La crise du COVID-19 a mis en évidence l’importance et la nécessité d’un accès aux soins de santé pour les groupes les plus vulnérables de la population. Comment, dans le contexte actuel, la Couverture Maladie Universelle au Sénégal participe-t-elle à protéger du mieux possible les personnes les plus vulnérables et délaissées de la société, tant du point de vue médical qu’économique ?

Le Sénégal a mis en place un vaste dispositif de prise en charge des indigents et groupes vulnérables bien avant la pandémie du COVID-19. En effet, tous les bénéficiaires du programme de Bourses de sécurité familiale et les titulaires de la carte d’égalité des chances ont été enrôlés dans les mutuelles de santé à base communautaire et pris en charge gratuitement.

L’Etat prend en charge les droit d’adhésion (1000 F CFA), la cotisation (7 000 F CFA), le ticket modérateur (2000 F CFA) et les frais de la photographie (250 F CFA). Cette cible est prise en charge sur toute la pyramide sanitaire à travers deux paquets de bénéfices : un paquet de prestations de soins de base au niveau des postes et centres de santé et un autre paquet complémentaire au niveau des hôpitaux de référence.

Du point de vue économique, les ménages bénéficiaires du programme de bourse de sécurité familiale disposent d’une bourse de 25 000 F CFA par trimestre. L’Etat a aussi octroyé à chaque ménage un kit alimentaire composé de 2 sacs de riz, 10 litres d’huile, 10 kg de sucre et 5 kg de pâtes dans le cadre de la lutte contre le COVID-19.

Comment le plan de développement sanitaire et social 2019-2028 du Sénégal a-t-il intégré la dimension des droits de l’homme dans ses orientations stratégiques ?

Pour garantir la réalisation durable des performances de santé et d’action sociale au cours de la prochaine décennie, le Plan National de Développement Sanitaire et Social 2019-2028 a retenu trois orientations stratégiques complémentaires : Le renforcement de la gouvernance et du financement de la santé et de l’action sociale (soit Orientation stratégique 1), le développement de l’offre de services de santé et d’action sociale (soit Orientation stratégique 2) et la promotion de la protection sociale (soit Orientation stratégique 3).

La dimension des droits de l’homme a été intégrée dans la promotion de la protection sociale. Cette dimension sera opérationnalisée à travers les lignes d’action suivantes : Portabilité de la couverture du risque maladie ; Professionnalisation de la gestion des organisations mutualistes ; Extension de la couverture du risque maladie (Ex : mutuelles de santé, imputation budgétaire, etc.) ; Développement d’un paquet de soins de base ; Amélioration du ciblage des bénéficiaires ; Renforcement des cadres de collaboration avec les institutions mutualistes ; Développement des mécanismes de mise en œuvre de la Loi d’Orientation Sociale ; Renforcement de l’Assurance Maladie Obligatoire ; Réduction de la fragmentation des régimes de couverture ; Renforcement de l’engagement communautaire à travers les mutuelles de santé ; Renforcement de l’autonomisation des populations, particulièrement des groupes vulnérables.

Quelles sont les étapes et les défis du passage de la Couverture Maladie Universelle actuelle à la Couverture Sanitaire Universelle vers laquelle le Sénégal ambitionne de tendre à l’horizon 2030 ?

Par couverture sanitaire universelle, on entend une situation dans laquelle toutes les personnes et toutes les communautés bénéficient des services de santé dont elles ont besoin sans se heurter à des difficultés financières. Elle englobe la gamme complète des services de santé essentiels de qualité, qu’il s’agisse de la promotion de la santé, de la prévention, des traitements, de la réadaptation et des soins palliatifs.

La couverture sanitaire universelle permet à tout un chacun d’avoir accès aux services s’occupant des causes les plus importantes de morbidité et de mortalité et elle garantit que la qualité de ces services soit suffisamment bonne pour améliorer la santé des personnes qui en bénéficient.

La résolution sur la Couverture Sanitaire Universelle (CSU) a été adoptée lors de la 67ème session de l’Assemblée Générale des Nations-Unies le 12 décembre 2012. Cette résolution appelle chaque État membre à éviter de recourir au paiement direct des soins par les usagers et à financer son système de santé par le biais de mécanismes plus équitables et solidaires.

Le Plan National de Développement Sanitaire et Social 2019 – 2028, tend résolument vers l’atteinte de la Couverture Sanitaire Universelle au Sénégal. Il est basé sur trois axes majeurs que sont :
- La gouvernance et le financement du secteur : Le renforcement de la gouvernance et du financement du secteur constitue un préalable pour l’atteinte des objectifs de couverture sanitaire universelle dans le contexte de la gestion axée sur les résultats. Cette approche stratégique adressera entre autres les dimensions suivantes : le pilotage et la coordination, la planification, le suivi et l’évaluation, la recherche, la régulation, la mobilisation accrue des ressources et leur utilisation rationnelle. (SNFS/CSU) en 2017 la Lettre de Politique Sectorielle de Développement.

- L’offre de services de santé et d’action sociale : L’offre de services de santé et d’action sociale de qualité passera par la mise en œuvre effective de la carte sanitaire, le renforcement de la mise en œuvre du Règlement Sanitaire International, la gestion améliorée des urgences, la prise en charge du couple mère-enfant, l’amélioration de la disponibilité des médicaments, la promotion de la santé, et l’amélioration de l’assistance médicosociale et autonomisation des indigents et groupes vulnérables

- La protection sociale dans le secteur : Les ambitions du secteur en termes d’extension de la couverture de protection sociale se justifient par sa position dans les orientations stratégiques du PSE. Dans ce PNDSS, l’approche qui repose sur trois dimensions de la protection sociale, que sont : l’assurance maladie, l’assistance médico-sociale et l’autonomisation.

Dans la perspective de la réalisation des objectifs de développement durable au Sénégal, comment, selon vous, le système des Nations Unies, et plus précisément le bureau des droits de l’Homme, pourraient-ils contribuer à l’atteinte de l’objectif 3, qui est celui de la bonne santé et du bien-être pour tous ?

Le Plan National de Développement Sanitaire et Social (PNDSS 2019-2028) a pour enjeu fondamental, l’avancée du pays vers la Couverture Sanitaire Universelle (CSU) pour la réalisation de l’Objectif de Développement Durable (ODD) numéro 3.

Pour l’atteinte des Objectifs de Développement Durable, le Sénégal reste convaincu que la préservation de l’environnement, l’éducation et la promotion des droits humains participent sûrement à la réalisation de l’objectif « bonne santé et bien-être pour tous ».

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