Bureau Régional pour l’Afrique de l’Ouest
<multi>[fr]Au Sénégal, connaitre ses droits peut protéger des violences [en]In Senegal, knowing your rights can save from abuses</multi>©

Au Sénégal, connaitre ses droits peut protéger des violences

18 février 2016 Maïmouna Gaye* avait tout juste 15 ans quand elle a commencé un emploi d’été comme aide-ménagère dans la capitale du Sénégal à Dakar.

"Je vis avec mes parents et frères et sœurs et notre situation a toujours été très difficile. Je voulais aider mes parents parce que je suis l’aînée ", dit-elle.
L’employeur de Maïmouna avait l’air bienveillante au début. Elle lui a proposé un emploi comme femme de ménage durant la semaine et une pause tous les quinze jours pour voir sa famille à Pikine, une des banlieues de la capitale. Son employeur a accepté de payer Maïmouna 25.000 francs CFA (50 dollars) par mois, la moitié de ce que l’adolescente avait initialement demandé. "Je pensais à la situation dans laquelle ma famille et moi vivons et j’ai immédiatement accepté son offre afin d’aider mes parents."

Son premier jour de travail a commencé à 7 heures du matin. C’est lorsqu’on lui a demandé de préparer le déjeuner qu’elle a appris que son employeur avait sept enfants, dont six étaient à la maison pour les vacances et le septième rentrait à la maison pour sa pause déjeuner de l’école.

"Elle n’arrêtait pas de me harceler, disant que je travaillais lentement et que son fils devait manger tôt avant de retourner à l’école. Elle ne se préoccupait pas de savoir si j’avais faim alors que je n’avais rien mangé de la journée », se souvient-elle avec anxiété. "Quand ils ont terminé leur repas, il ne restait que quelques légumes et un petit peu de poisson. En fin de compte, je n’ai pas mangé et je suis allée me coucher à 22 heures, pour dormir dans la même pièce que le chien, à côté de la cuisine".

Le deuxième jour de travail de Maïmouna était le premier jour du Ramadan, la principale fête religieuse au Sénégal, ce qui exige des musulmans de jeûner de l’aube jusqu’au crépuscule pendant un mois. Son employeur lui a demandé de s’occuper de la lessive de la famille.

"Je ne pouvais pas tout laver toute seule, je me suis dit : "je ne peux pas vivre un autre jour comme hier". J’ai donc décidé d’appeler ma mère et de lui expliquer la situation. Elle m’a dit de rentrer à la maison ".

Contrairement à beaucoup d’autres aides ménagères à travers le monde qui se trouvent dans des situations de violences semblables, Maïmouna connait maintenant ses droits. Elle est devenue un membre actif du Club Citoyenneté et Droits de l’Homme créé en décembre 2014, dans son collège, le CEM Les Martyrs de Thiaroye.
Elle a rejoint le club parce qu’elle "voulait contribuer à la lutte contre les abus envers les aides ménagères et les filles non scolarisées."

Le Club des Droits de l’Homme compte 20 membres, choisis pour leur sensibilité aux droits de l’homme, qui se réunissent chaque semaine. Ils ont montré un intérêt accru pour l’activisme qui a déclenché de nouveaux comportements. Beaucoup de jeunes filles ont été confrontées à la violence à l’école ou à la maison, ainsi qu‘au risque élevé de grossesse chez les adolescentes. Le Club a fourni un espace important pour parler de ces questions, un accès à l’information, des aides, et un réseau de soutien - qui aide les filles à en savoir plus sur leurs droits et leur permet de rester à l’école.

"Le Club organise des séances d’information et d’éducation par le dessin, des projections de films et des débats thématiques. Nous organisons également des ’Ataya pédagogiques’ (ataya veut dire thé en wolof), séances d’information avec des élèves de 3ème ou 4ème", explique Maïmouna. "Les enseignants qui veulent participer au Club peuvent modérer ces séances d’information. Chaque semaine, un article de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) est expliqué et fait l’objet de débats en classe en plus d’être affiché dans l’école ".

Le Club est devenu un exemple pour les autres écoles qui souhaitent participer à la campagne. Un nouveau club dédié à l’environnement a été créé au début de cette année à l’école de Maïmouna.

Le Bureau des Droits de l’Homme de l’ONU a soutenu le club financièrement et techniquement depuis sa création et fourni des outils pour promouvoir l’engagement des membres dans l’éducation de leurs camarades sur les questions des droits de l’homme. Le Bureau travaille également à les sensibiliser à la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies, en particulier ceux liés à l’accès à l’éducation pour tous.

"C’est une priorité pour nous de diffuser les droits de l’homme contenus dans la DUDH et que cela fasse partie intégrante de notre vie quotidienne, et de notre comportement", a déclaré Andrea Ori, Représentant Régional du Bureau Régional pour l’Afrique de l’Ouest des Nations Unies aux Droits de "L’idée est de favoriser les jeunes gens à changer leurs habitudes ; qu’ils montrent plus de militantisme dans leur quotidien. Les étudiants font déjà campagne dans leurs associations de quartier. Cela permet de les pousser à devenir des citoyens modèles", explique Maïmouna. "Ils reçoivent une bonne couverture médiatique, ce qui a contribué à favoriser les débats publics. Les étudiants ont la chance de connaître leurs droits maintenant, et ils savent vers quelles autorités locales et nationales ils doivent aller pour promouvoir les droits de l’homme".

* Le nom a été changé

- Voir l’article original paru en anglais sur le site d’OHCHR :

http://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/HumanrightseducationinSenegal.aspx?platform=hootsuite#sthash.04ebQRCW.dpuf

© Guillaume Bassinet / Lens On Life

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