Bureau Régional pour l’Afrique de l’Ouest
CEDEAO - La volonté d'assurer les soins de santé à la majorité de la population existe©

CEDEAO - La volonté d’assurer les soins de santé à la majorité de la population existe

18 août 2020 La crise de COVID-19, qui touche l’Afrique de l’Ouest depuis le début du mois de mars 2020, a rappelé l’importance et la nécessité d’un accès aux soins de santé pour tous et notamment pour les groupes de population les plus vulnérables dans les pays de la région. Alors que la mise en place d’une couverture santé universelle en Afrique est évoquée depuis 2015 déjà, et que l’adoption des Objectifs du Développement Durable est venue renforcer cette aspiration, le Bureau régional de l’Afrique de l’Ouest a décidé d’explorer les potentialités, les opportunités qui existent dans divers pays pour concrétiser des systèmes de couverture de santé universelle (CSU), prenant en compte les droits de l’Homme, dans les pays de l’Afrique de l’Ouest. Dans cette seconde interview, Monsieur Ali Sani, chargé de la planification à l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (agence spécialisée de la CEDEAO), explique pourquoi la pandémie de COVID-19 a rendu encore plus essentielle l’intensification des différents engagements déjà pris pour la couverture sanitaire universelle au sein de la CEDEAO, d’une part, et encourage le bureau des droits de l’homme à collaborer avec l’agence de la CEDEAO pour un meilleur accompagnement de l’agenda régional en matière de développement sanitaire.

La plupart des pays africains ont intégré la Couverture Santé Universelle dans les objectifs de leur stratégie nationale de santé. Dans quelle mesure investir dans la Couverture Santé universelle, pour les pays de l’Afrique de l’Ouest qui font face à des défis multiples et urgents, est-il moralement souhaitable, humainement responsable et économiquement rentable ?

La santé est un droit humain fondamental reconnu dans la plupart des constitutions des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Par ailleurs une population en bonne santé est potentiellement une source de production et de productivité, donc de création de richesses. En outre, les problèmes de santé comportent des impacts négatifs qui peuvent affecter d’autres personnes, par exemple le cas des maladies transmissibles et surtout les maladies à potentiel épidémique. En somme, certains problèmes de santé peuvent menacer la sécurité sanitaire communautaire, nationale et même internationale.

Quand de tels évènements de menace à la sécurité sanitaire interviennent, l’ensemble du système de santé peut se trouver mobilisé avec les risques d’amoindrir la prise en charge des autres problèmes sanitaires et bien sûr cela peut être une source de coûts budgétaires énormes et même de coûts économiques énormes. Dans une zone d’intégration économique comme la CEDEAO, la libre circulation des personnes et des biens s’accompagne également de la libre circulation des maladies. En cas d’épidémie, cela peut conduire même à la fermeture des frontières, donc à une interruption de l’intégration régionale.

L’ensemble des éléments ci-dessus évoqués justifie en notre sens toute la pertinence d’investir dans la couverture sanitaire universelle aussi bien pour des raisons morales, humaines que de rentabilité économique.

En quoi la crise du COVID-19 relance-t-elle ou stimule-t-elle le débat, les initiatives ou les engagements sur un système universel de soins de santé au sein de la CEDEAO ?

La crise de COVID-19 a conduit à la fermeture des frontières, particulièrement à l’interruption de la circulation des personnes, donc à des pertes économiques énormes liées aux dépenses qu’effectuent les personnes en voyage, aux difficultés même d’approvisionnement en intrants de production et des biens de première nécessité. Cette crise a montré d’abord toute la nécessité de renforcer le système de santé dans la mesure où l’on ne peut se soigner contre la COVID-19 que dans son propre pays et les évacuations sanitaires même pour d’autres pathologies sont interrompues suite à la fermeture mondiale des frontières.

Ce renforcement va certainement induire une augmentation de la disponibilité des services de préférence pour toutes les différentes cohortes d’âges (de la grossesse-nouveau-né à la personne âgée). Par ailleurs l’on a assisté à une situation où tous les pays ont gardé les biens sanitaires indispensables à la lutte contre la COVID-19 pour leurs propres citoyens. Les épidémies étant récurrentes, il faudra en toute responsabilité se préparer pour les prochaines menaces. Il se dégage clairement la nécessité de poursuivre la mise en œuvre et l’intensification des différents iniatives/engagements déjà pris pour la couverture sanitaire universelle au sein de la CEDEAO.

La couverture santé universelle, c’est globalement 3 axes : L’offre de services de santé, le financement, et l’équité (ne laisser personne de côté). Il n’y a certes pas d’approche unique pour parvenir à la CSU, mais les pays rencontrent des défis communs. Quelles sont les défis majeurs en matière des droits de l’homme que la CEDEAO rencontre dans la « construction » de la couverture santé universelle ?

Il faudra souligner que les systèmes de santé des pays de la CEDEAO donnent une place importante aux soins de santé primaires avec le district sanitaire comme niveau opérationnel. C’est dire que la volonté d’assurer les soins de santé à la majorité de la population existe. Cependant les défis essentiels sont relatifs aux contraintes de financement qui se traduisent par les difficultés d’engager du personnel de santé nécessaire, de fournir les différents intrants, mais aussi de trouver une solution au financement à l’accès, puisque la plupart du temps, un patient doit d’abord payer avant de rencontrer le professionnel de santé, puis ressortir avec une ordonnance pour la pharmacie.

Un autre défi majeur c’est aussi l’absence de l’adhésion de la population aux différentes initiatives même de gratuité/subvention des soins menées par les pouvoirs publics. Enfin, il y a également une discontinuité dans la mise en œuvre des initiatives notamment avec les changements de leadership dans les pays.

En 2018, le docteur Soumya Swaminathan, Directrice générale adjointe de l’OMS chargée des programmes, déclarait, lors de l’évènement « L’opinion de la population et la participation sociale : contributions et rôles clés pour la CSU », que « Les gens doivent s’exprimer fermement en faveur de la Couverture Sanitaire Universelle, pourtant les mécanismes de participation efficaces font souvent défaut dans les pays ». Comment faire en sorte que les citoyens et les représentants de la société civile participent activement aux processus de réflexion, planification et mise en place de la CSU ? En d’autres comment institutionnaliser la participation populaire ?

Pour institutionnaliser la participation populaire, il faudra un engagement politique fort au sens où les élus nationaux et locaux doivent s’investir dans la sensibilisation des populations sur l’importance d’adhérer aux différentes initiatives. Il faudra également un programme de communication soutenue pour d’abord faire connaître les initiatives aux populations et leurs intérêts à y adhérer.

Comment le bureau régional de l’Afrique de l’Ouest du Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme pourrait-il contribuer, selon vous, à la mise en place d’une couverture santé universelle dans les pays de la CEDEAO à l’horizon 2030 ?

Des initiatives pays et régionales existent. Le bureau des droits de l’Homme doit inscrire ses actions dans l’accompagnement de la mise en œuvre de ces initiatives. En tant que bureau régional, il doit surtout collaborer et coopérer avec les organisations régionales comme l’OOAS pour un meilleur accompagnement de l’agenda régional en matière de développement sanitaire.

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