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COVID-19 & Migrants au Sénégal : « Les principales problématiques rencontrées sont d'ordre économique » ©

COVID-19 & Migrants au Sénégal : « Les principales problématiques rencontrées sont d’ordre économique »

9 novembre 2020 Pour Papa Meissa Gueye, coordonnateur de l’association Rester et Réussir, qui travaille à apporter des solutions artistiques aux différents problèmes auxquels sont confrontés les jeunes, au Sénégal, les principales difficultés rencontrées par les migrants depuis la pandémie de COVID-19, sont principalement d’ordre économiques. Dans cette interview, il explique comment son association s’est adaptée à ce contexte de pandémie.

Qui est papa Meissa Gueye, aujourd’hui ?

Je suis un artiste de formation, metteur en scène, entrepreneur cultuel et agent de développement communautaire qui a pas mal voyagé dans le monde entier. Très engagé pour ma communauté, je suis impliqué dans beaucoup d’actions citoyennes. Apolitique, j’œuvre dans le social et la conscientisation des jeunes sénégalais, surtout ceux de la banlieue de Dakar, pour les inciter à croire que tout est possible dans la vie et que rien n’est impossible.

Vous êtes le coordonnateur de l’association Rester et Réussir ? En quoi consiste le travail de l’association et en quoi consiste le rôle de coordonnateur au sein de cette structure ?

Rester et Réussir est une association créée à Dakar et qui est composée d’artistes africains vivant au Sénégal. Le travail de l’association consiste, au départ, à apporter des solutions artistiques aux différents problèmes dont sont confrontés les jeunes.

C’est la raison pour laquelle nous avons eu à développer un projet avec la coopération Allemande sur les perspectives de réussite des jeunes au pays. Dans ce cadre, une bande dessinée intitulée SUNU REUSSITE (qui veut dire « notre réussite » en wolof ) a été produite ainsi qu’un son musical Affaire bi Fii la (l’affaire c’est ici). Tout ce qui concerne les jeunes intéresse l’association.

En ma qualité de Coordonnateur Général, je pilote les activités de l’association avec des jeunes cadres bénévoles qui travaillent avec nous. Nos cadres bénévoles sont dans différents secteurs de la vie. Il y en a qui ont travaillé avec l’Office International des Migrations (OIM), d’autres sont des juristes formés en droit des migrants, d’autres encore sont des travailleurs sociaux formés à l’Ecole Nationale des Travailleurs Sociaux de Dakar.

De manière générale, je définis la politique de l’association et coordonne l’ensemble de nos activités.

Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez actuellement ?

Outre, le projet sur le Dialogue Interculturel et Dignité pour tous et pour toutes en Afrique, avec l’Union Européenne, nous collaborons avec le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme dans le cadre du projet PROMIS à travers lequel nous développons la Clinique Juridique du Migrant. PROMIS nous a octroyé une subvention pour une durée d’une année pour mener les activités déclinées dans les Cliniques Juridiques du Migrant, suite à un appel lancé dont nous avons postulé. La collaboration est très saine et nous nous activons toujours pour donner le meilleur de nous-mêmes dans l’exécution du projet .Nous profitons de cette occasion pour remercier l’équipe de PROMIS pour la confiance qu’ils ont eu à notre égard.

Vous travaillez les jeunes migrants sénégalais. Comment la pandémie de COVID-19 a touché vos activités ? Et les migrants avec qui vous travaillez ?

La pandémie du COVID-19 nous a beaucoup affecté parce qu’elle a freiné nos activités, surtout au niveau de nos locaux situés à Guédiawaye. Aujourd’hui, nous nous adaptons à ce nouveau contexte par des consultations à distance avec les migrants. Nous recevons énormément de sollicitations des migrants. Et aujourd’hui au-delà des aspects liés au droit, ils nous interpellent sur des questions d’ordre économique.

A notre niveau, nous essayons de faire avec les moyens dont nous disposons. C’est pourquoi dès l’entame de la pandémie, nous avons confectionné des masques que nous avons distribués aux migrants et migrantes. Nous avons eu aussi à loger des migrants temporaires bloqués à Dakar dans nos locaux en leur assurant la restauration jusqu’à ce que leur pays les rapatrie par vols spéciaux.

Malgré le contexte, le travail continue à distance ou bien dans nos locaux, avec un respect strict des mesures de prévention édictées par les autorités.

Comment avez-vous ou votre organisation réagi pour assurer la protection des droits des migrants au cours de cette pandémie de COVID-19 ?

Avec nos bénévoles juristes spécialistes en droit des migrants, nous avons tenté de réagir par rapport aux difficultés rencontrées par les migrants. Par exemple, quand il s‘agissait de rapatrier des migrants, nous n’avons pas manqué de saisir les autorités consulaires des pays concernés pour voir comment ils peuvent intervenir pour que les migrants puissent regagner leurs pays.

Cela a été notamment le cas avec la Cote d’Ivoire et les dizaines de migrants bloqués ici. Des migrants qui ont des enfants sans papier aussi. Nous avions pris leur dossier en main mais malheureusement avec la pandémie, nous n’avons pas pu leur trouver des pièces d’état civil. C’est ce qui nous pousse à réfléchir à un projet pour trouver des pièces d’état civil à ces nombreux enfants de migrants qui sont ici, au Sénégal, sans aucune pièce.

Quelles sont les tendances ou les problématiques que vous avez pu identifier depuis le début de la pandémie, concernant les migrants que vous côtoyez ou la migration, de manière générale ?

Les principales problématiques rencontrées sont d’ordre économique. Parce que cette pandémie, qui n’a déjà pas épargné les familles « normales », ne pouvait pas ne pas affecter les migrants. L’aide apportée par l’Etat ne concerne pas les migrants. Les femmes impactées, qui ont perdu leurs maris, en haute mer aussi nous ont sollicité parce qu’elles ne sont pas prises en compte dans les ménages pris en charge par l’Etat.

Nous avons eu à saisir le Ministère de la Famille et des Femmes pour voir comment assister ces migrantes mais en vain. L’aide que nous apportons surtout à certaines femmes migrantes est spontanée et ne peut régler que les problèmes d’un ou de deux jours.

Dans le cadre du projet PROMIS, quelle serait la situation ou l’histoire dont vous avez fait l’expérience depuis le début de la pandémie de COVID-19 et que vous aimeriez partager avec le monde entier ?

Depuis le début de la pandémie nous avons eu à vivre beaucoup d’expériences avec les migrants et (les individus) impactés qui ont cru que nous étions en mesure de les aider financièrement. Néanmoins nous avons pu mesurer l’ampleur des questions qu’ils nous posent. Cela veut dire qu’il faut continuer à mener des projets qui entrent dans le cadre de l’amélioration des conditions de vie des migrants. Ils sont confrontés à beaucoup de problèmes.

Nous lançons un appel aux gens du monde de penser aux migrants surtout en ces périodes de COVID-19. Parce que les mesures que prennent nos États surtout, en Afrique, ne touchent pas directement les migrants. Nous allons rassembler une banque de sollicitations des migrants que nous allons soumettre à quelques partenaires pour voir ce qui est possible de faire, pour appuyer un tant soit peu les migrants durant cette période.

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