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Oumy Sya Sadio : "Les États devraient donc élargir les critères d'éligibilité aux programmes de protection sociale"©

Oumy Sya Sadio : "Les États devraient donc élargir les critères d’éligibilité aux programmes de protection sociale"

23 novembre 2020 « Malgré les plans de soutien socio-économiques mis en place par les États, les migrants ne sont pas pris en compte car cette aide est destinée uniquement aux nationaux ; ce qui accroît davantage leur situation précaire. Les États devraient donc élargir les critères d’éligibilité aux programmes de protection sociale existant afin de répondre aux difficultés auxquelles les migrants sont confrontés. » Oumy Sya Sadio, chargée du programme « Accès à la justice des migrants » à Amnesty International Sénégal, apporte un éclairage sur l’impact de la pandémie de COVID-19 sur les droits fondamentaux des migrants.

Pourquoi et comment vous êtes devenues chargée de programme ? en d’autres termes, quel est votre parcours personnel, éducatif et professionnel qui vous a amené là ou vous êtes maintenant ?

Doctorante en Droit public à l’Institut des Droits de l’Homme et de la Paix (IDHP) de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) et titulaire d’un Master 2 en relations internationales, je suis particulièrement intéressée par tout ce qui tourne autour de la promotion et de la protection des droits de l’homme. A cet égard, j’ai eu à effectuer plusieurs stages pratiques tant au niveau des Organisations Non Gouvernementales que dans le secteur public et les professions libérales en qualité de juriste conseil en charge de la rédaction de rapport et de conclusions d’instances.

En tant qu’assistante juridique au niveau des ONG, j’ai participé à plusieurs missions qui entrent dans le cadre de la promotion et de la protection des droits de l’homme au Sénégal. Ces expériences professionnelles variées et enrichissantes m’ont permis de mettre en pratique les connaissances théoriques acquises à la faculté de droit, mais également de développer mes compétences et mes capacités en leadership organisationnel et de pouvoir occuper aujourd’hui le poste de chargée de programme au sein d’Amnesty International Sénégal.

Amnesty International est une organisation de droits de l’homme très connu. Que fait elle pour protéger les droits des migrants, en particulier d’assurer l’accès à la justice ? Quel est votre collaboration avec le projet PROMIS ?

Amnesty International Sénégal, dans sa mission de sauvegarde du respect des droits fondamentaux de toutes les personnes humaines a longtemps œuvré pour que les droits des personnes déplacées soient respectés. Migrants et réfugiés sont toujours pris en compte dans l’agenda d’Amnesty Sénégal. C’est dans ce cadre qu’Amnesty International, en partenariat avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les droits de l’homme et le projet PROMIS, a mis en place un programme intitulé « promotion de l’accès à la justice des migrants » dont le but de promouvoir et de protéger les droits des migrants en facilitant leur accès à la justice.

A cet égard, Amnesty Sénégal est en train de dérouler des activités dans le but d’informer les migrants sur les textes internationaux et nationaux relatifs aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers et à l’exercice de certaines activités professionnelles. Nous agissons également pour conseiller les migrants en mettant à leur disposition des avocats lorsqu’ils font l’objet de poursuites judiciaires mais également les assister dans le processus de régularisation de leur situation.

Par ailleurs, lorsque des migrants font l’objet d’une procédure d’expulsion, nous nous assurons que leurs droits soient respectés notamment le droit à un recours effectif et nous veillons à ce qu’ils bénéficient de la protection diplomatique de la part de leur Etat d’origine.

Vous travaillez avec les jeunes migrants au Sénégal comment la pandémie a touché vos activités ? et les migrants avec qui vous travaillez ?

Nous pouvons affirmer que le contexte actuel marqué par cette crise sanitaire a sensiblement affecté nos activités Les mesures de précautions qui vont avec, rendent quasi impossible la rencontre avec les autorités concernées notamment les juges d’instruction en charge des dossiers concernant les migrants qui ont des problèmes avec la justice et les consuls des pays d’origine des migrants avec qui nous collaborons.

En effet, les mesures prises afin de réduire le risque de contamination de cette pandémie font que certaines autorités judiciaires et administratives sont contraintes de se confiner. Ceci a comme impact de ralentir le travail que nous menons auprès des juridictions.

En ce qui concerne les migrants, la pandémie a frappé de plein fouet leurs activités. En effet, ces derniers vivaient déjà dans la précarité car la majeure partie sont des sans-papiers et travaillaient dans la clandestinité. Les mesures de précautions prise dans le cadre de la lutte contre la pandémie de la COVID19 comme la fermeture des petits commerces et la suspension de certaines activités risquent d’accroître davantage leur vulnérabilité.

Dans le village de Karakhéna situé à 25 km de Kédougou, les migrants font face à d’énormes difficultés selon le président de l’association des migrants ivoiriens. Ne pouvant plus exploiter les mines qui s’avèrent être leur principale source de revenus, ces migrants sont exposés à des menaces plus graves. Ils ne peuvent plus assurer leur subsistance et se doter de moyens nécessaires pour se prémunir de cette pandémie.

Comment Amnesty International (AI) s’organise-t-elle pour assurer la continuation de ses activités afin de protéger les droits des migrants au cours de cette pandémie de la COVID19 ?

En cette période de crise, AI a réorganisé ses horaires de travail de manière à pouvoir poursuivre le travail que nous menons. Nous avons pu nous adapter à la situation actuelle en mettant en place une stratégie nous permettant de poursuivre certaines activités suivant leur faisabilité. Pour certaines activités qui requièrent des déplacements, nous avons opté de les réaliser sous forme de webinaire, par exemple.

En ce qui concerne le déroulement des activités concernant les migrants qui ont maille à partir avec la justice, le travail s’avère être difficile à cause de la suspension des audiences au niveau des tribunaux et l’interdiction d’accès des maisons d’arrêt et de correction. De même, la fermeture des frontières rend le déplacement vers les régions cibles impossible.

Quels sont les tendances et les problématiques que vous avez pu identifier depuis le début de la pandémie concernant les migrants ou la migration en général ?

Parmi les problématiques soulevées par pandémie de la COVID19 et qui ont pu attirer mon attention, nous pouvons citer :
- la non prise en compte des migrants dans les stratégies nationales de prévention et de riposte sanitaire : le plus souvent les migrants vivent en promiscuité, incompatible avec les règles de distanciation sociale ; ce qui les expose davantage à un risque d’infection accru d’autant plus que le revenu très faible de ces migrants ne leur permet pas de se procurer, à suffisance, le matériel sanitaire nécessaire à leur protection. Les États devraient donc leur accorder une attention particulière. Parce que préserver les migrants, c’est aussi limiter le risque de propagation de la maladie au sein de la population, tout en conservant un vivier de main d’œuvre qui sera indispensable pour résorber les conséquences économiques de la crise sanitaire.
- l’exclusion des migrants dans les politiques nationales de protection sociales des couches les plus vulnérables : les migrants sont particulièrement affectés par les conséquences socio-économiques. En effet, la baisse de leur revenu lié à une perte d’emploi a entraîné un recul important des envois de fonds vers leurs pays d’origine, et sur lesquels comptent des millions de famille dans le monde.

Par ailleurs, ne pouvant pas retourner dans leur pays à cause de la fermeture des frontières, la plupart d’entre eux sont souvent menacés d’expulsion pour non-paiement de loyers. Malgré les plans de soutien socio-économiques mis en place par les États, les migrants ne sont pas pris en compte car cette aide est destinée uniquement aux nationaux ; ce qui accroît davantage leur situation précaire. Les États devraient donc élargir les critères d’éligibilité aux programmes de protection sociale existant afin de répondre aux difficultés auxquelles les migrants sont confrontés.

Pensez-vous partager avec nous un « succès story » une bonne pratique ou une histoire positive que vous avez pu rencontrer depuis le début de la pandémie ?

Parmi les bonnes pratiques observées depuis le début de la crise sanitaire on peut citer, les actions d’Amnesty International Sénégal en faveur des établissements scolaires. En effet, plusieurs collèges et lycées ont reçu un soutien financier d’une valeur de 500 000 FCFA. Un appui qui entre dans le cadre de la reprise des cours afin d’offrir des meilleurs conditions d’enseignements/apprentissage aux élèves et enseignants durant cette période pandémique.

J’ai aussi particulièrement apprécié les initiatives de l’OIM et du HCR pour protéger les migrants et réfugiés contre le coronavirus, grâce à l’installation de station de lavage des mains et la distribution de produits sanitaires.

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