Bureau Régional pour l’Afrique de l’Ouest
Protéger les droits de l'homme dans le contexte du COVID-19 et de la crise sécuritaire au Burkina Faso©

Protéger les droits de l’homme dans le contexte du COVID-19 et de la crise sécuritaire au Burkina Faso

4 juin 2020 Qu’il s’agisse de la question du terrorisme ou de la pandémie de COVID-19 au Burkina Faso, Le rôle de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) au Burkina Faso est de s’assurer que les mesures prises, par les autorités, ne soient pas disproportionnées et détournées pour limiter les actions des acteurs de la société civile. Son président, Kalifa Yemboado Rodrigue Namoano, s’en explique.

Les 23 et 24 janvier 2020, la CNDH, en collaboration avec le système des Nations Unies (PNUD), a organisé le forum national des défenseurs des droits humains. Quelles ont été les principales propositions ou recommandations qui ont été faites pour une meilleure protection des défenseurs des droits humains ?  

Les participant(e)s à cette rencontre ont formulé un certain nombre de recommandations dont la plus urgente adressée à la CNDH est l’accélération de la mise en place d’un mécanisme de protection des Défenseurs des Droits Humains (DDH) au Burkina Faso. La CNDH s’y attèle et les résultats des réflexions menées par un comité comprenant des représentants de la CNDH et des organisations de la société civile seront soumis à examen très bientôt. La mise en œuvre de cette recommandation permettra de disposer de moyens d’actions pour apporter toute l’assistance nécessaire au(x) DDH victime(s) de violations de droits humains comme recommandé par les participant(e)s.

A l’endroit de l’Etat, les recommandations ont porté sur la mise en œuvre de l’obligation d’assurer la protection des DDH en prenant toutes les mesures pour enquêter sur les violations et atteintes à leurs droits, d’une part, et l’ouverture d’enquêtes sur les actes portés contre les DDH dans le cadre de leurs activités de promotion, de protection et de défense des droits humains, d’autre part.

En outre les DDH ont été invités à porter à l’attention des pouvoirs publics compétents toute menace, intimidation ou entrave dont ils viendraient à être victimes dans l’exécution de leurs missions.

Comment la crise du COVID-19 au Burkina Faso a-t-elle impacté le travail de la CNDH ?  

La CNDH, dès les premiers cas, a vu son fonctionnement être fortement ralenti avec la suspension d’une mission qu’elle s’apprêtait à organiser avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) au Burkina Faso sur les violences survenues le 8 mars 2020 à Barga dans la Région du Nord. En outre, elle s’est vue dans l’obligation de suspendre par ailleurs ses rencontres statutaires et de recourir aux technologies de la communication (mail, whatsapp) pour communiquer, échanger sur les activités. D’ailleurs, la CNDH a bénéficié dans ce sens d’une licence Zoom offerte par le PNUD. Ce ralentissement s’expliquait en partie par la psychose née des suites des premiers cas et des projections alarmistes sur les conséquences du COVID-19 en Afrique.

Dans tous les cas, la CNDH a mis en place un groupe restreint avec une rotation du personnel pour continuer d’assurer une veille permanente sur la situation des droits de l’homme dans le contexte de la maladie. Elle a ainsi pu produire une déclaration dans laquelle elle a notamment condamné les traitements dégradants infligés aux individus arrêtés dans le cadre du contrôle du couvre-feu et appelé les populations au respect des mesures de protection.

Dans un contexte de couvre-feu et d’État d’urgence sur tout le territoire national, comment la Commission Nationale des Droits de l’Homme entend-elle garantir la participation des citoyens et notamment des défenseurs des droits de l’homme à la vie publique et la protection de l’espace civique ?

La normalité qui s’installe avec la levée de certaines mesures de restriction permet à la Commission de mettre en œuvre l’ensemble de ses prérogatives en matière de promotion et de protection des droits humains. Ainsi avec l’appui du PNUD, elle a identifié un certain nombre d’activités dont l’analyse systématique des mesures prises pour lutter contre le COVID-19. Cette activité permettra à la CNDH de se tenir au fait des impacts des mesures sur les droits humains en général avec un focus particulier sur les groupes à risques dont les DDH. Elle continue de recevoir des informations de certains de ses partenaires.

Les rencontres initiées avec certaines autorités permettent déjà d’échanger sur des préoccupations liées à la question des droits de l’homme en général, y compris dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et le COVID-19. La CNDH s’assurera que les mesures prises ne soient pas disproportionnées et détournées pour limiter les actions des acteurs de la société civile.

Comment les Nations Unies, et notamment le bureau régional des droits de l’homme, peuvent-ils contribuer à une meilleure coopération entre la CNDH et la société civile ?

La CNDH réitère sa reconnaissance et ses remerciements au système des Nations Unies au Burkina Faso dont l’appui a permis l’organisation du Forum national des Défenseurs des Droits de l’Homme. L’une des recommandations qui en est ressortie est notamment l’institutionnalisation de cette rencontre qui constitue une opportunité d’échanges entre la CNDH et les Organisations de la Société Civile (OSC) sur l’état des lieux, les progrès et défis en matière de droits humains mais aussi de la situation des DDH au Burkina Faso.

Le Bureau régional des droits de l’homme pourrait soutenir l’organisation périodique de cette rencontre et y apporter son expertise sur les sujets qui y seront débattus. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme pourrait également partager avec la CNDH et les OSC les bonnes pratiques de coopération entre les Institutions nationales des droits de l’homme (INDH) et les sociétés civiles, observées dans d’autres régions du monde.

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